La campagne électorale pour la présidence de la République française a débuté il y a plusieurs semaines maintenant. Jusqu’en avril 2027, les différents candidats confronteront leur vision de la France — quand ils en ont une — en imposant leurs propres thématiques. Ainsi, si le pouvoir d’achat des Français, les relations internationales et l’écologie seront vraisemblablement au cœur de nombreux débats, il est plus que certain que la question de l’immigration sera très largement discutée, tant la situation migratoire est devenue omniprésente dans le débat public au cours des dix dernières années.
Sans vouloir jouer les Cassandre, on peut craindre que cette question complexe soit abordée tout au long de la campagne à venir sans le sérieux, le recul et la sérénité qu’elle nécessite pourtant. Si les débats de la campagne présidentielle de 2027 ressemblent à ceux — souvent violents — auxquels on assiste depuis dix ans, alors les citoyens auront sans doute le plus grand mal à trouver, dans le brouhaha des invectives et des anathèmes, des raccourcis et des contre-vérités, des arguments ad personam et ad hominem, ne serait-ce que l’ombre du commencement d’une pensée capable d’embrasser toute la complexité de l’immigration.

Bien sûr, il n’appartient pas à Cheminez de donner des leçons ni de donner des consignes de vote. Mais, en tant que média attentif aux questions de société, nous formulons le vœu d’un apaisement sur cette question. Reprenant la formule du dessinateur Gébé dans L’An 01 (« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ! »), nous pensons que nous devons collectivement mettre de côté nos certitudes, repartir à zéro et, ainsi, renouer avec le dialogue.
Maintenant que nous avons rangé dans leurs tiroirs les tracts politiques et les statistiques de l’INSEE, nous pouvons nous interroger sur l’immigration en adoptant un regard à la croisée de la sociologie et de l’anthropologie. Qui immigre ? Pour quelles raisons ? Que laissent derrière eux les migrants ? Que trouvent-ils sur leur chemin ?
C’est précisément ce regard humain que le grand cinéaste marocain Ahmed El Maânouni nous invite à porter sur les phénomènes migratoires dans son premier long-métrage, Alyam, Alyam. Sorti en 1978, le film suit Abdelwahad, l’aîné d’une fratrie de sept enfants, qui refuse la misère et l’absence de perspectives auxquelles il associe la vie rurale au Maroc. À travers le destin de ce jeune homme, qui rêve de partir travailler en France malgré les réticences de sa mère, Ahmed El Maânouni dresse le portrait d’une jeunesse marocaine tiraillée entre les responsabilités familiales, l’attachement à la terre et l’espoir d’un avenir meilleur.

Filmé caméra à l’épaule, avec une approche presque documentaire, Alyam, Alyam est bien davantage que l’acte de naissance cinématographique d’un grand metteur en scène marocain. (Ahmed El Maânouni réalisera ensuite notamment le documentaire Transes, consacré au groupe marocain de musique gnawa Nass El Ghiwane.) Son premier long-métrage est aussi, et peut-être surtout, un grand film humaniste. Comme il l’expliquait dans nos colonnes :
« En tant que metteur en scène, si vous considérez vos personnages comme de véritables êtres humains, si vous placez votre regard à leur hauteur, alors ils cessent d’être perçus comme des étrangers, porteurs de peurs ou de fantasmes. Ils deviennent nos semblables. Et pour que le public puisse ressentir cela, il fallait absolument que mon film restitue, dans les moindres détails, tout ce qui fait leur humanité. »
Aussi, nous nous réjouissons que RMC Story diffuse Alyam, Alyam d’Ahmed El Maânouni le lundi 10 août à 23 h 45. L’occasion rêvée de découvrir ce grand film, qui éclairera — on l’espère — la situation actuelle d’une lumière nouvelle.





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