Dans le milieu des cinéphiles français, un nom a été sur toutes les lèvres tout au long de l’été 2026 : S. S. Rajamouli. Figure majeure du cinéma indien contemporain et représentant éminent du Tollywood — l’industrie cinématographique en langue télougou, longtemps restée dans l’ombre de Bollywood —, le réalisateur a été invité à Paris en juin 2026, pour le plus grand plaisir de ses fans. Un événement exceptionnel que l’on doit à l’éditeur français Carlotta Films, qui a réussi à obtenir les droits d’exploitation en France d’une large part de la filmographie du cinéaste.

Il faut dire que S. S. Rajamouli a suscité beaucoup de bruit en 2022 avec son long-métrage RRR. Cette fresque de plus de trois heures, qui raconte la rencontre et l’amitié entre deux révolutionnaires indiens dans un Empire britannique décadent, a impressionné tout à la fois le public et la critique, notamment grâce à ses scènes d’action d’une générosité sans nom, où l’on se bat à mains nues contre des tigres et où l’on se tabasse à coups de moto dans la tronche. De quoi aider les plus récalcitrants aux scènes de danse typiques du cinéma indien à les supporter — d’autant qu’elles sont, elles aussi, brillamment mises en scène. (Le film a d’ailleurs remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale, au nez et à la barbe de Disney.)

Mais alors que RRR n’avait eu droit en 2022 qu’à une sortie confidentielle en France — une soixantaine de salles, sans campagne de promotion ni projections presse, passée quasiment inaperçue —, les éloges que la critique et le public ont réservés à Godzilla Minus One de Takashi Yamazaki (2023), lauréat de l’Oscar des meilleurs effets visuels en dépit de son budget de 15 millions de dollars, semblent avoir définitivement convaincu les distributeurs de l’intérêt grandissant des spectateurs pour le cinéma à grand spectacle asiatique, dont l’efficacité est d’autant plus criante quand on le compare à une industrie hollywoodienne qui a multiplié ces dernières années les échecs au box-office avec des projets pourtant calibrés pour cartonner.

Ainsi, Carlotta Films — dont on ne peut que saluer l’exemplaire travail de distribution du cinéma de patrimoine mondial — a-t-il pu sortir au cours de cette année 2026 plusieurs films de S. S. Rajamouli en salles et au format physique : Eega, la mouche vengeresse (2012) ainsi que les deux parties de La Légende de Baahubali (2015-2017). Un film et un diptyque d’une très grande richesse visuelle. Dans Eega, S. S. Rajamouli subvertit les codes de la comédie romantique sud-indienne en racontant la vengeance d’un amoureux sans le sou, assassiné par son rival richissime et réincarné en mouche : un David contre Goliath aux accents marxistes. Dans La Légende de Baahubali, le metteur en scène réinvestit le genre du péplum mythologique en nous plongeant dans une guerre de succession fratricide entre deux cousins dans l’Inde médiévale.

Une des grandes forces du cinéma de S. S. Rajamouli est de se saisir à la fois d’influences hollywoodiennes, notamment le cinéma de James Cameron (Terminator, Avatar), et du cinéma d’action hongkongais — le réalisateur a confié à Christophe Gans que Bruce Lee avait été son « dieu » et que le cinéma de Hong Kong avait été « l’alpha et l’oméga » de sa conception du cinéma —, et de les mettre au service d’une narration profondément indienne. Cette combinaison d’inspirations fait de ses films des œuvres immédiatement accessibles.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de l’intérêt grandissant du public pour le travail de Rajamouli. Non seulement ses fans attendent désormais de pied ferme ses prochains projets, à commencer par Varanasi — qui figure déjà parmi nos plus grosses attentes de 2027 — ainsi qu’une suite à RRR qu’il a déjà évoquée, mais en plus cela semble déborder sur d’autres films indiens. En effet, on a pu voir plusieurs influenceurs dire leur attente pour Ramayana de Nitesh Tiwari, un film pan-indien pharaonique, tourné en IMAX et en collaboration avec des mastodontes de Hollywood, parmi lesquels le compositeur oscarisé Hans Zimmer (Gladiator, Pirates des Caraïbes, Interstellar, Dune), ou encore le directeur de cascades Guy Norris (Furiosa, The Suicide Squad).

De notre côté, on espère que le succès de RRR de S. S. Rajamouli continuera à ouvrir d’autres horizons cinématographiques au grand public. Puisse ce triomphe que l’on appelle de nos vœux mettre plus encore la lumière sur les distributeurs indépendants comme Carlotta, The Jokers, Roboto, Spectrum ou Le Chat qui Fume.


Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tendances