Dans de nombreuses cultures à travers le monde, le troisième anniversaire revêt une symbolique particulière. En Occident, et notamment en France, l’âge de trois ans marque l’entrée à l’école maternelle : c’est l’âge de la socialisation et des premiers apprentissages scolaires.
Dans le sud de l’Éthiopie, chez les Borana, les enfants ne reçoivent leur nom définitif qu’entre quelques mois et trois ans après leur naissance, à l’occasion d’une cérémonie de nomination. Dans l’ancienne Corée, on attribuait parfois à l’enfant un « nom provisoire », volontairement laid ou dépréciatif, afin d’éloigner les mauvais esprits et de le protéger. Son nom définitif pouvait ensuite lui être donné lorsqu’il sortait de la petite enfance.
Dans le Japon ancien, la cérémonie du Kamioki marquait quant à elle l’âge où, à trois ans, l’enfant pouvait commencer à laisser pousser ses cheveux, jusque-là rasés. Ce rite symbolisait le passage de la petite enfance à une nouvelle étape de la vie, dans une société où atteindre l’âge de trois ans constituait déjà un seuil important.

Toutes ces traditions reposent sur un même constat : à trois ans, l’enfant est déjà plus robuste et ses chances de survie sont nettement plus élevées. C’est donc avec une grande fierté que nous célébrons aujourd’hui le troisième anniversaire de Cheminez.
Pourtant, la troisième année de Cheminez n’a pas été des plus sereines. Alors que nous avions publié 52 articles entre le 13 octobre 2024 et le 13 octobre 2025, nous en avons publié seulement 38 au cours des douze derniers mois. Il faut dire que l’été 2026 a été particulièrement éprouvant, marqué par une succession de canicules qui a durement frappé la France, et peut-être plus encore la région bordelaise où nous vivons. À cela s’ajoute une crise économique qui impose son lot de contraintes et pèse sur le rythme de publication de Cheminez, média indépendant porté par une équipe entièrement bénévole.
Cependant, nous ne nous sommes jamais sentis aussi forts. Tout d’abord, Cheminez a continué à publier des articles, des dossiers et des interviews consacrés à des langues et à des cultures originaires de tous les continents. En cela, nous sommes restés fidèles à notre volonté d’ouverture sur le monde, et nous en sommes particulièrement heureux.
Mais surtout, cette troisième année d’existence a été l’occasion pour Cheminez d’explorer de nouveaux formats, avec notamment un débat consacré aux liens entre le punk et les cultures régionales, diffusé en direct sur Twitch, ainsi qu’une longue interview autour de l’ouvrage Florilangues du Collectif pour les langues régionales à l’école. Les deux vidéos sont disponibles sur notre chaîne YouTube. Du reste, de nombreux autres articles, dossiers et interviews longues arriveront sur notre site et notre chaîne YouTube.
On l’a dit, le troisième anniversaire marque également l’âge de la socialisation. Et la rédaction de Cheminez souhaite continuer à s’ouvrir. Au cours des derniers mois, nous avons suivi avec beaucoup d’attention les travaux du Collectif pour les langues régionales à l’école, dont le coordinateur avait rejoint notre équipe dès les premiers mois d’existence de notre média.
Nous souhaitons désormais proposer à toutes les personnes intéressées de prendre part à la vie de Cheminez, en contribuant à sa ligne éditoriale par des articles consacrés aux langues et aux cultures au sens large, d’ici et d’ailleurs. Une ligne éditoriale pensée pour ouvrir en grand les yeux, les esprits et les cœurs.
Si vous souhaitez nous rejoindre dans cette aventure, n’hésitez donc pas à nous contacter par mail ou sur nos réseaux sociaux.
Et puisque le troisième anniversaire est également, dans certaines cultures, l’âge auquel les enfants reçoivent leur nom définitif, nous entamons à notre tour une réflexion sur la possibilité de rebaptiser notre média.
Nous sommes très fiers du nom que nous avons choisi à ses débuts : Cheminez sonnait comme une invitation à cheminer, géographiquement, culturellement et intellectuellement, à sortir des sentiers battus et à aller à la rencontre de l’autre. Mais après trois années d’existence, nous nous interrogeons sur la possibilité de lui trouver un nouveau nom, à la fois plus évocateur et toujours fidèle à notre ligne éditoriale ouverte sur le monde.
Alors, faut-il vraiment changer de nom ? Et si oui, pour lequel ? N’hésitez pas à nous donner votre avis et, surtout, à nous faire part de vos suggestions.
Pour finir, nous voudrions dire un mot de l’actualité. La rentrée 2026 est particulièrement tendue, avec l’émergence d’un mouvement social lycéen et étudiant d’une ampleur exceptionnelle. Alors que certains commentateurs observent, médusés, une jeunesse qu’ils comprennent mal et qu’ils sous-estiment bien souvent, ce mouvement nous rappelle combien la jeunesse française, dans toute sa diversité, est riche et a des choses à nous apprendre.

Les militants pour les langues régionales se souviendront sans doute avec émotion de ces bacheliers corses qui ont choisi de passer leurs épreuves du baccalauréat en langue corse, prenant le risque de compromettre leur avenir scolaire pour contester la place marginalisée accordée à leur langue et, plus largement, la centralisation du pouvoir. De la même manière, la brutalité de la répression policière à laquelle notre jeunesse est aujourd’hui confrontée peut difficilement ne pas faire écho, à certains égards, à celle qui s’est abattue sur le mouvement indépendantiste kanak.
Quoi qu’il en soit, Cheminez, jeune média indépendant qui quitte, à l’occasion de ce troisième anniversaire, sa prime enfance, demeure à l’écoute de notre société. Et nous tenons à dire toute notre admiration et notre soutien à celles et ceux qui, parmi les jeunes générations, nous montrent aujourd’hui un chemin.





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