La rédaction de Cheminez partage avec le Collectif pour les littératures en langues régionales à l’école la conviction que, aussi importantes soient-elles, les pierres que l’on choisit de préserver ne sauraient à elles seules résumer le patrimoine : celui-ci englobe également les langues qui font vivre les mémoires et donnent du sens à ces mêmes pierres.

Du fait de cette conviction commune, nous avons décidé de relayer – une fois encore – une lettre ouverte écrite par le Collectif pour les littératures en langues régionales à l’école, cette fois-ci à destination de l’Association Mission Patrimoine Mondial – Aude.


Madame, Monsieur,

Divers sites de l’Aude et de l’Ariège ont récemment intégré la prestigieuse liste du patrimoine mondial, établie par l’UNESCO. Notre collectif rejoint les nombreuses protestations qui se sont exprimées sur le choix pour le moins malheureux du libellé « Forteresses royales capétiennes du Languedoc ». Pour bien des raisons, il aurait été beaucoup plus judicieux d’éviter cette appellation jugée, à juste titre, comme provocatrice et humiliante, et de lui préférer par exemple « Forteresses médiévales du Languedoc ».

Mais là n’est pas l’objet principal de notre lettre. Notre collectif s’intitule Pour les littératures en langues régionales à l’école. Il s’inscrit donc dans l’ensemble des mouvements qui poursuivent l’objectif de sauvegarder nos cultures, nos langues, nos littératures menacées par le pouvoir unitariste étroit. À ce titre, nous avons une requête à vous adresser. L’appellation des sites concernés fait explicitement référence au Languedoc. Or, paradoxalement, votre communication, comme on le constate par exemple à travers votre site internet, fait appel au français, à l’anglais et à l’espagnol, mais la langue d’oc, dont la légitimité est pourtant ici particulièrement évidente, est laissée de côté, « oubliée ». Cela ajoute encore à l’impression que nous pouvons ressentir : celle d’une attitude, de votre part, dont le but, ou pour le moins la conséquence objective, est d’invisibiliser et de bâillonner encore une fois une langue, une culture et une population déjà si souvent rabaissées.

Nous vous demandons en conséquence :

– De doter votre site internet d’une version en langue d’oc,

– De proposer une version dans cette même langue de vos communications multilingues, quels qu’en soient la forme et le support,

– De veiller à la présence de versions en langue d’oc pour tout l’affichage sur site.

Nous allons du reste solliciter l’UNESCO pour qu’une version en langue d’oc figure également sur la page officielle dédiée aux forteresses. Cette introduction de la langue d’oc nous semble s’inscrire en parfaite cohérence avec l’action positive que mène l’UNESCO en faveur des langues en danger.


Nous sommes bien sûr à votre disposition pour échanger de manière constructive sur ce sujet.

Nous sommes bien sûr à votre disposition pour échanger de manière constructive sur ce sujet.

Cordialement,

Collectif Pour les littératures en langues régionales à l’école,

Philippe Pratx, coordonnateur, au nom du collectif


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