J’ai longtemps vu mon héritage comme quelque chose de lointain
Quelque chose que je portais
sans vraiment savoir comment l’habiter
Puis j’ai compris
Comme la distillation de la fleur d’oranger
tout commence
dans le presque invisible
L’odeur douce-amère
des fleurs fraîchement cueillies
la chaleur qui monte lentement dans le cuivre
l’humidité tiède qui s’accroche à la peau
le silence attentif des gestes répétés
Rien n’est brusqué
Tout se transforme
La vapeur traverse extrait révèle
Et ce qui semblait fragile devient essence
Mon héritage est comme ça
Il ne crie pas
il infuse
On m’a transmis sans mots une manière de ressentir le temps
de m’ajuster
de laisser la chaleur faire son travail
sans brûler
Transformer sans me perdre
Laisser passer
garder l’essentiel
On m’a appris
sans me le dire
que rien ne se perd
Que les fleurs deviennent parfum
que ce qui retombe nourrit la terre
que chaque fin contient déjà une autre forme de vie
Je porte en moi des histoires
je ne les ai pas vécues
Elles m’ont été transmises
comme ces gestes précis autour de la
qtara
Des femmes surtout
Celles qui savaient
attendre observer ajuster
Celles qui ont compris
que transformer ce n’est pas effacer
c’est révéler
la résilience
chez moi
vient de là
D’une mémoire qui a une odeur
D’un savoir qui se touche se respire et se transmet
Comme
une
distillation
lente
Et que me réapproprier mon héritage
c’est simplement ça
laisser monter la chaleur
accueillir ce qui se transforme
et reconnaître enfin
l’essence qui a toujours été
en moi
@NidalElYakoubi





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