Après l’âge d’or du cinéma japonais des années 1960-1970, incarné par des géants comme Akira Kurosawa, Yasujirō Ozu et Nagisa Ōshima, puis celui du cinéma hongkongais des années 1980-1990 avec John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam, les cinéphiles du monde entier ont, depuis le début des années 2000, les yeux tournés vers la Corée du Sud.

Si le triomphe planétaire de Parasite a déjà décuplé la visibilité du cinéma sud-coréen, le Festival de Cannes 2026 pourrait bien marquer un tournant historique pour le cinéma du Pays du Matin calme. Cette édition voit en effet le retour très attendu du génial Na Hong-jin (The ChaserThe Wailing) sur la Croisette après dix ans d’absence, tandis que Park Chan-wook, le plus prestigieux des cinéastes coréens, préside le Jury et sera chargé de remettre les plus hautes récompenses du septième art.

C’est l’occasion rêvée de revenir sur vingt classiques incontournables du cinéma sud-coréen, pour célébrer toute la richesse et la diversité de cette cinématographie, ainsi que ses liens profonds avec le Festival de Cannes !

#1 La Servante, de Kim Ki-young (1960)

Figure incontournable du cinéma coréen d’après-guerre, Kim Ki-young réalise La Servante en 1960, à une époque où le pays se reconstruisait encore après la guerre de Corée. Ce film audacieux et provocateur s’est imposé comme une œuvre culte grâce à sa modernité surprenante et son refus des conventions narratives de l’époque.

Le récit suit un professeur de musique et sa femme qui engagent une jeune domestique dans leur foyer. Ce qui commence comme une simple histoire de classe sociale bascule rapidement dans un cauchemar psychologique fait de désir, de manipulation, de jalousie et de folie destructrice.

Kim Ki-young y déploie un style expressionniste, une mise en scène oppressante et un réalisme cru qui rendent le film toujours aussi perturbant aujourd’hui.

Considéré comme l’un des films fondateurs du cinéma d’auteur coréen, La Servante a exercé une influence majeure sur plusieurs générations de cinéastes, dont Bong Joon-ho et Park Chan-wook. Son audace formelle et thématique en fait une référence majeure de l’histoire du cinéma sud-coréen. Le film a d’ailleurs bénéficié d’un remake en 2010 réalisé par Im Sang-soo, qui n’est malheureusement pas parvenu à égaler l’original.

#2 Joint Security Area, de Park Chan-wook (2000)

Chef de file du cinéma sud-coréen, Park Chan-wook débute sa carrière en 1992 avec The Moon Is… the Sun’s Dream, suivi de Saminjo en 1997. Ces deux premiers films, des échecs commerciaux qu’il a depuis reniés, n’ont jamais franchi les frontières de la Corée du Sud. Il faudra attendre son troisième long-métrage, JSA: Joint Security Area (2000), pour que sa carrière prenne véritablement son envol.

Le film se déroule à la frontière entre les deux Corées. Le meurtre de deux soldats nord-coréens par un militaire sud-coréen provoque un incident diplomatique majeur, risquant d’embraser à nouveau la péninsule. Pour enquêter sur cette fusillade, la Commission de Supervision des Nations Neutres envoie une agente suisse d’origine coréenne. À travers un long flashback, le récit reconstitue alors les événements ayant mené au drame.

Immense succès critique et public, JSA: Joint Security Area est un film pacifiste et empreint d’optimisme : il démontre avec force que les conflits fratricides naissent avant tout de la bêtise des dirigeants. Puissant et intense, ce long-métrage révèle déjà la justesse d’écriture et la méticulosité stylistique de Park Chan-wook.

Le film révèle également plusieurs acteurs qui deviendront par la suite des stars du cinéma sud-coréen : Song Kang-ho (Sympathy for Mr. Vengeance, Memories of Murder, Parasite), Lee Byung-hun (J’ai rencontré le Diable, Aucun autre choix) et Shin Ha-kyun (Sympathy for Mr. Vengeance, Thirst).

#3 Ivre de femmes et de peintures, d’Im Kwon-taek (2002)

Véritable monument du cinéma sud-coréen, Im Kwon-taek comptait déjà plus de 90 films à son actif lorsqu’il réalisa Ivre de femmes et de peinture en 2002. Considéré comme l’un des plus grands cinéastes asiatiques vivants, il signe ici une œuvre ambitieuse qui marque une nouvelle phase plus sensuelle et visuellement audacieuse de sa carrière.

Ivre de femmes et de peinture retrace la vie tourmentée du peintre Jang Seung-eop (Owon), génie autodidacte du XIXe siècle dans une Corée Joseon en plein déclin. Entre crises politiques, influences étrangères et ses propres démons, Owon cherche l’absolu artistique tout en s’abîmant dans l’alcool, les femmes et une créativité frénétique.

Im Kwon-taek déploie une mise en scène somptueuse, où chaque plan semble un tableau vivant, et offre à Choi Min-sik (futur acteur principal d’Oldboy) un rôle incandescent. Le film célèbre la vitalité de l’art tout en explorant la destruction qui accompagne souvent le génie.

Œuvre majeure du cinéma coréen des années 2000, Ivre de femmes et de peinture a contribué à consolider la réputation internationale d’Im Kwon-taek et reste l’un des plus beaux hommages cinématographiques à la peinture jamais réalisés en Asie. Il a remporté le Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes 2002. Deux ans plus tard, l’acteur Choi Min-sik sera de retour sur la Croisette avec Oldboy de Park Chan-wook, qui remportera le Grand Prix du Festival de Cannes 2004.

#4 Memories of Murder, de Bong Joon-ho (2003)

Trois ans après Barking Dogs Never Bite (2000), son premier long-métrage, Bong Joon-ho réalise Memories of Murder. Sorti la même année que le monument Oldboy, ce thriller policier retrace la traque infernale du premier serial killer de l’histoire sud-coréenne, qui a terrorisé le pays tout au long des années 1980.

Porté par un casting exceptionnel, où brillent notamment Song Kang-ho (déjà célèbre depuis JSA et Sympathy for Mister Vengeance) et Park Hae-il (The Host, Decision to Leave), le film est un chef-d’œuvre de mise en scène et d’écriture. Le film se distingue par ses constantes ruptures de ton, si typiques du cinéma sud-coréen, qui nous font passer avec une virtuosité déconcertante du rire à l’effroi.

Aussi haletante soit l’enquête, Bong Joon-ho, fidèle à sa sensibilité marxiste, s’intéresse surtout à la confrontation entre la police urbaine et la police rurale, dont les méthodes et les moyens s’opposent radicalement. Tournées alors que le véritable meurtrier n’avait toujours pas été identifié, les images conservent une fin nécessairement ouverte.

#5 Oldboy, de Park Chan-wook (2003)

Second volet de la Trilogie de la Vengeance, initiée par Sympathy for Mr. Vengeance (2002), Oldboy est le film qui a véritablement fait exploser le cinéma sud-coréen sur la scène internationale

Adaptation très libre du manga éponyme de Garon Tsuchiya et Nobuaki Minegishi, le film suit Oh Dae-su, incarné avec une intensité magistrale par Choi Min-sik. Père de famille ordinaire, il est enlevé en pleine rue et séquestré pendant quinze ans dans une pièce minuscule, sans savoir pourquoi ni par qui. Son unique fenêtre sur le monde : un poste de télévision. Un jour, sans explication, il est relâché. Obsédé par la vengeance, il se lance alors dans une traque implacable pour retrouver ses geôliers.

À sa sortie, Oldboy a profondément secoué les spectateurs, tant par sa mise en scène virtuose — on se souvient tous du légendaire combat dans le couloir, filmé en un seul plan-séquence et inspiré des beat’em up — que par sa violence graphique et sa cruauté psychologique. Derrière cette histoire de vengeance, librement inspirée du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, se cache une puissante métaphore de la Corée sous la dictature de Park Chung-hee. Une preuve supplémentaire que les cinéastes sud-coréens savent magnifiquement utiliser les codes du genre pour ausculter les maux de leur société.

Présenté au Festival de Cannes 2004, le film y remporta le Grand Prix du Jury, décerné par un Quentin Tarantino président du jury. La trilogie s’achèvera l’année suivante avec Lady Vengeance (2005).

#6 Deux soeurs, de Kim Jee-woon (2003)

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la J-Horror connaît un essor fulgurant avec des films cultes comme Cure de Kiyoshi Kurosawa (1997), Audition de Takashi Miike (1999), Ring (1998) et Dark Water (2002) de Hideo Nakata. Malgré le traumatisme historique de la colonisation japonaise, une réelle porosité culturelle existe entre les deux pays, et le public sud-coréen se montre particulièrement friand d’horreur japonaise.

Grand amateur de cinéma d’horreur, Kim Jee-woon décide alors de délaisser la comédie, genre dans lequel il s’était illustré avec ses deux premiers longs-métrages — The Quiet Family (1998) et The Foul King (2000) — pour s’attaquer à l’exercice de l’épouvante. Il signe avec Deux Sœurs ce qui deviendra le film phare de la K-Horror.

Le récit suit le retour de deux jeunes filles dans la maison familiale, où elles doivent affronter les violences psychologiques d’une belle-mère tyrannique et la présence troublante d’un fantôme.

Avec Deux Sœurs, Kim Jee-woon déploie toute sa maîtrise du cadrage et propose une version plus mélancolique, mais tout aussi effrayante et profondément dérangeante, de l’horreur asiatique.

Le succès est immédiat et retentissant : le film triomphe dans de nombreux festivals internationaux et devient, pendant un temps, le long-métrage sud-coréen le plus rentable de l’histoire sur le sol américain.

#7 A Bittersweet Life, de Kim Jee-woon (2005)

Le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier Le Samouraï (1967), a profondément marqué le cinéma asiatique. On pense notamment à l’influence évidente qu’il a exercée sur John Woo, à travers des films comme Le Syndicat du Crime ou The Killer. Avec A Bittersweet Life, sorti en 2005, le Coréen Kim Jee-woon livre une démonstration magistrale de l’empreinte laissée par le cinéaste français sur son propre univers.

Le film offre à Lee Byung-hun, révélé par JSA: Joint Security Area (2000), l’un de ses rôles les plus marquants. Il y incarne Kim Sun-woo, le bras droit dévoué d’un puissant magnat du crime. Lorsque ce dernier suspecte sa maîtresse d’avoir une liaison, il charge Sun-woo de la surveiller durant son absence. Une mission en apparence simple qui va peu à peu ébranler la loyauté du jeune homme envers son patron.

Empreint d’une profonde mélancolie et d’un romantisme noir, A Bittersweet Life est un film de gangsters d’une rare intensité, ponctué de fusillades d’une violence stylisée et virtuose. Il reste à ce jour l’un des plus grands accomplissements de Kim Jee-woon et un classique indispensable pour qui s’intéresse au cinéma du crime coréen.

#8 The Host, de Bong Joon-ho (2006)

Après le triomphe de Memories of Murder (2003), Bong Joon-ho s’attaque au genre du film de monstre avec The Host (2006). Inspiré d’un incident réel survenu en 2000, où une base militaire américaine avait déversé des produits chimiques dans le Han, le fleuve qui traverse Séoul, le film met en scène l’émergence d’une créature monstrueuse issue des eaux. Des années plus tard, cette abomination surgit de la rivière, sème la destruction sur son passage et enlève une jeune fille. Le récit suit alors la quête désespérée de sa famille pour la sauver.

Comme le Godzilla d’Ishirō Honda, The Host est un film viscéralement politique. Sous le divertissement spectaculaire du blockbuster monstrueux se cache une charge féroce contre la présence militaire américaine en Corée du Sud et une satire mordante des médias sud-coréens, souvent aveuglés par leur admiration pour les États-Unis.

Moins célébré du grand public que Memories of Murder ou Parasite (2019), The Host n’en reste pas moins un film essentiel de la filmographie de Bong Joon-ho. Le cinéaste y démontre une fois encore son talent pour composer des cadres saisissants et sa maîtrise rare à faire cohabiter, au sein d’une même séquence, l’horreur la plus viscérale et l’absurde le plus hilarant.

Le film, longtemps resté introuvable en France, a bénéficié d’une ressortie en 4K en 2023 grâce au travail remarquable de The Jokers Films.

#9 Le Bon, la Brute et le Cinglé, de Kim Jee-Woon (2008)

Véritable touche-à-tout, Kim Jee-woon s’est successivement essayé à la comédie avec The Quiet Family (1998) et Foul King (2000), à l’horreur avec Deux Sœurs (2003), puis au film de gangsters avec A Bittersweet Life (2005). Avec Le Bon, la Brute et le Cinglé, il ajoute une corde majeure à son arc en transposant les codes du western-spaghetti à la Sergio Leone dans un univers asiatique.

Le film nous entraîne en Mandchourie au début des années 1930 et suit la rivalité acharnée entre deux hors-la-loi et un chasseur de primes lancés à la poursuite d’une carte au trésor. Œuvre la plus ouvertement politique de son auteur, Le Bon, la Brute et le Cinglé ravive le souvenir douloureux de la colonisation japonaise. Il faut rappeler que la Mandchourie fut, entre 1931 et 1945, le principal bastion de l’occupation japonaise en Chine et en Asie du Sud-Est, dans le cadre de la politique expansionniste de l’empire.

Pour restituer la brutalité de cette période coloniale, Kim Jee-woon adopte un style volontairement régressif, où explosent une violence graphique débridée et un humour noir particulièrement corrosif. Le film repose en grande partie sur un trio d’exception : Song Kang-ho (Le Cinglé), Lee Byung-hun (La Brute) et Jung Woo-sung (Le Bon), trois des plus grandes stars du cinéma sud-coréen.

Le 15 juillet 2026, The Jokers Films sortira une version restaurée en 4K du film, venant ainsi compléter le cycle consacré au cinéaste sud-coréen, initié en novembre 2023 avec les restaurations de Foul King, Deux Sœurs et A Bittersweet Life. L’occasion rêvée de (re)voir ce classique du cinéma coréen dans les meilleures conditions possibles !

#10 The Chaser, de Na Hong-jin (2008)

Dans un cinéma sud-coréen où le thriller est presque devenu un marqueur culturel, Na Hong-jin a frappé un grand coup dès son premier long-métrage : The Chaser. Le film suit Jung-ho, un ancien policier reconverti en proxénète (Kim Yoon-seok), lancé à la poursuite d’un serial killer qui s’attaque à ses prostituées, incarné par un terrifiant Ha Jeong-woo.

The Chaser est un thriller d’une noirceur profonde, à la moralité trouble, d’une violence brute et d’une intensité rare. Il joue avec les nerfs du spectateur grâce à un suspense diabolique. Lors de sa première mondiale au Festival de Cannes en 2008, il a reçu une standing ovation de dix minutes. Avec ce film est né un cinéaste au talent inouï, et le reste de sa filmographie ne fera que le confirmer.

#11 J’ai rencontré le Diable, de Kim Jee-woon (2010)

Après Le Bon, la Brute et le Cinglé (2008), Kim Jee-woon revient en 2010 avec J’ai rencontré le Diable, un thriller de vengeance extrême qui marque l’un des points culminants de sa filmographie. Considéré comme l’un des représentants les plus radicaux du « revenge movie » coréen des années 2000-2010, aux côtés de la Trilogie de la Vengeance de Park Chan-wook, le long-métrage pousse les limites de la violence cinématographique tout en interrogeant la moralité de la vengeance.

Le film suit Kim Soo-hyun, un agent secret d’élite (Lee Byung-hun), dont la fiancée est sauvagement assassinée et démembrée par un psychopathe sadique, Jang Kyung-chul (Choi Min-sik). Consumé par la rage, Soo-hyun traque le tueur et décide non pas de le tuer immédiatement, mais de le torturer psychologiquement et physiquement en le laissant s’échapper à plusieurs reprises. S’engage alors un implacable jeu du chat et de la souris où les rôles de bourreau et de victime s’inversent progressivement.

Kim Jee-woon signe une mise en scène d’une précision chirurgicale, alternant séquences d’action brutales, moments de tension insoutenable et une photographie glaciale qui renforce le sentiment de descente aux enfers.

Porté par deux performances exceptionnelles — Lee Byung-hun en justicier de plus en plus monstrueux et Choi Min-sik en diable charismatique et terrifiant —, le film explore avec une noirceur absolue les thèmes de la vengeance, de la perte d’humanité et de la frontière ténue entre le bien et le mal. Son intensité et sa violence graphique en font une expérience cinématographique éprouvante, mais d’une efficacité rare.

J’ai rencontré le Diable est aujourd’hui considéré comme un classique moderne du thriller coréen. Il a connu un succès critique international, notamment après sa présentation à Sundance, et reste une référence pour tous les amateurs de cinéma de genre extrême.

#12 The Murderer, de Na Hong-jin (2010)

Deux ans seulement après The Chaser, Na Hong-jin revient avec un deuxième long-métrage tout aussi impressionnant : The Yellow Sea, étrangement renommé The Murderer dans sa version française.

Le film suit Gu-nam, un Joseon-jok (« Coréen de Chine ») vivant à Yanji, dans la préfecture autonome de Yanbian, au nord-est de la Chine. Chauffeur de taxi endetté jusqu’au cou et sans nouvelles de sa femme, partie chercher du travail à Séoul, il accepte la proposition d’un dangereux parrain local : se rendre en Corée du Sud pour assassiner une cible précise en échange d’une grosse somme d’argent. Mais une fois sur place, rien ne se déroule comme prévu.

Pour ce film, Na Hong-jin retrouve le duo Kim Yoon-seok et Ha Jeong-woo de The Chaser, en inversant leurs rôles : Ha Jeong-woo incarne le protagoniste fragile et traqué, tandis que Kim Yoon-seok joue le rôle du poursuivant impitoyable.

The Yellow Sea est un thriller noir, d’une violence poisseuse et d’une intensité étouffante, qui explore avec profondeur la tragédie sociale et humaine des Joseon-jok. Une fois encore, Na Hong-jin y démontre une virtuosité rare, tant dans sa mise en scène maîtrisée que dans son écriture tendue et implacable.

#13 Poetry, de Lee Chang-dong (2010)

Après Secret Sunshine (2007) et avant Burning (2018), Lee Chang-dong confirme avec Poetry son statut de grand cinéaste humaniste contemporain. Sorti en 2010, le film s’inscrit dans la lignée des œuvres introspectives et profondément morales qui caractérisent sa filmographie.

Mija, une sexagénaire élégante et rêveuse incarnée avec une grâce infinie par Yoon Jeong-hee, apprend qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Au même moment, elle découvre que son petit-fils est impliqué dans un crime sordide. Alors qu’elle s’inscrit à un cours de poésie pour apprivoiser le monde avant qu’il ne s’efface, elle affronte la culpabilité, la mémoire qui fuit et la laideur humaine avec une dignité bouleversante.

Lee Chang-dong signe un film lent, contemplatif et d’une beauté rare, où chaque image et chaque silence comptent.

Poetry est souvent considéré comme l’un des plus beaux films des années 2010. Il a remporté le prix du scénario à Cannes et reste une référence internationale pour sa manière unique d’aborder le vieillissement, la responsabilité et le pouvoir rédempteur de l’art.

#14 Dernier Train pour Busan, de Yeon Sang-ho (2016)

Yeon Sang-ho, déjà connu pour ses films d’animation corrosifs, passe au cinéma live avec Dernier Train pour Busan en 2016, qui devient immédiatement un phénomène mondial et l’un des plus grands succès du cinéma coréen.

Piégés dans un train à grande vitesse lors d’une apocalypse zombie, un père divorcé et sa fille doivent survivre aux côtés d’une galerie de personnages très différents. Derrière les scènes d’action spectaculaires et l’horreur efficace, le film dresse un portrait critique de la société sud-coréenne : égoïsme, inégalités et manque de solidarité. L’intensité du rythme et l’émotion réelle des personnages en font bien plus qu’un simple film de genre.

Véritable blockbuster qui a relancé la vague zombie internationale, Dernier Train pour Busan a imposé Yeon Sang-ho sur la scène mondiale et démontré que le cinéma coréen pouvait exceller aussi bien dans l’auteurisme que dans le divertissement grand public. Il reste l’une des références absolues du survival horrifique moderne.

Si les films qui ont suivi, notamment Peninsula (2020) — la suite de Dernier Train pour Busan qu’il a réalisée pour Netflix —, n’ont pas tout à fait égalé la puissance de ce premier coup de maître, son nouveau projet a de quoi susciter une vive excitation : Colony, qui sera présenté en Séances de Minuit au Festival de Cannes 2026, avant de sortir dans les salles françaises le 27 mai prochain.

#15 The Strangers, de Na Hong-jin (2016)

Après avoir conquis la critique et le public avec The Chaser (2008) et The Murderer (2010), deux thrillers d’une intensité suffocante rythmés par des courses-poursuites haletantes, Na Hong-jin imposait déjà sa maîtrise virtuose de la mise en scène et du montage. En 2016, il présente à Cannes son troisième long-métrage : The Strangers (titre international : The Wailing).

Cette fois, il délaisse les rues oppressantes de Séoul pour nous plonger au cœur d’un thriller horrifique rural. La quiétude d’un petit village coréen est soudainement bouleversée par une étrange infection qui provoque éruptions cutanées, crises de démence et, finalement, un état catatonique terrifiant. Chargé de l’enquête, le policier Jong-goo (Kwak Do-won) commence à soupçonner un mystérieux Japonais vivant en ermite à la lisière du village.

Si les meurtres de prostituées dans The Chaser évoquaient à la fois l’impuissance du tueur et le souvenir douloureux des « femmes de réconfort » exploitées par l’armée japonaise pendant la colonisation, The Strangers gratte plus profondément encore la plaie coloniale, une blessure qui continue de hanter les relations entre les deux pays.

Film sur la nature du Mal, The Strangers atteint son paroxysme lors d’une séquence chamanique ahurissante, où Na Hong-jin exploite avec génie le charisme magnétique et presque toxique de Hwang Jeong-min.

Le 17 mai prochain, dix ans après The Strangers, le cinéaste reviendra sur la Croisette avec son quatrième long-métrage, Hope. Ce thriller de science-fiction horrifique se déroulera dans un village portuaire du sud de la Corée, secoué par des événements inexplicables liés à une possible présence extraterrestre. Interprétés par des acteurs anglophones de renom — dont Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell et Cameron Britton —, ces êtres venus d’ailleurs laissent présager un premier volet d’une trilogie ambitieuse. Na Hong-jin y explorera-t-il, une fois encore, les rapports entre la Corée et l’impérialisme occidental ? 

Quoi qu’il en soit, avant même sa sortie, Hope est déjà sur toutes les lèvres et nombreux sont ceux qui le voient comme un sérieux prétendant à la Palme d’Or.

#16 Burning, de Lee Chang-dong (2018)

Malgré le souvenir douloureux de la colonisation japonaise, il n’est pas rare que des cinéastes sud-coréens s’approprient des œuvres de fiction japonaises pour les transposer dans un contexte coréen. Le légendaire Park Chan-wook, figure de proue de la Nouvelle Vague coréenne, l’avait fait avec Oldboy. Lee Chang-dong emboîte le pas avec Burning, une libre adaptation de la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami.

Le film suit Jong-su, un jeune coursier introverti qui rêve de devenir écrivain. Son existence bascule le jour où il retrouve Hae-mi, une ancienne camarade de classe dont il tombe rapidement sous le charme. À son retour d’un voyage en Afrique, celle-ci lui présente Ben, un jeune homme énigmatique et fortuné. Peu après que Ben lui ait confié son étrange secret, Hae-mi disparaît mystérieusement.

Œuvre à tiroirs, Burning évoque avec finesse le malaise de la jeunesse coréenne, les fractures sociales et les cicatrices laissées par le conflit avec la Corée du Nord. Salué comme l’une des adaptations les plus réussies de l’univers de Murakami — aux côtés du magnifique Drive My Car de Ryūsuke Hamaguchi (2021) —, le film capte avec une justesse rare la mélancolie diffuse et le mystère évanescent qui habitent les récits de l’écrivain japonais.

#17 Parasite, de Bong Joon-ho (2019)

À bien des égards, la victoire de Parasite reste historique. Non seulement Bong Joon-ho a offert au cinéma sud-coréen sa première Palme d’Or au Festival de Cannes 2019, mais le film est également devenu le premier long-métrage non anglophone à réaliser le triplé suprême aux Oscars 2020 : Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario original, en plus de la statuette du Meilleur film international.

Parasite fait en outre partie de ces rares Palme d’Or à avoir conquis à la fois la critique et le grand public, propulsant le cinéma sud-coréen sur la scène mondiale comme jamais auparavant.

Tout semble avoir été dit sur ce phénomène, notamment sur sa parfaite continuité avec l’œuvre de Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Snowpiercer), qui mêle avec brio critique sociale marxiste, comédie noire et thriller.

On peut toutefois ajouter que, malgré son accessibilité universelle, Parasite demeure un film profondément coréen dans sa forme. Il s’inscrit en effet dans la riche tradition des « films de maison », un genre typiquement coréen dont La Servante de Kim Ki-young (1960) reste l’archétype le plus emblématique.

Notons que Bong Joon-ho, après un retour tonitruant en 2025 avec le film de science-fiction hollywoodien Mickey 17, prépare actuellement son premier long-métrage d’animation.

Intitulé Ally, ce projet au casting anglophone racontera l’histoire d’un calmar vivant dans les profondeurs du Pacifique Sud, qui rêve de devenir la star d’un documentaire animalier. Son univers paisible sera bouleversé par le crash en mer d’un mystérieux avion. Le film est annoncé pour 2027. On a hâte de le découvrir !

#18 Les Bonnes Étoiles, de Hirokazu Kore-eda (2022)

Hirokazu Kore-eda, maître japonais de la comédie dramatique humaniste, réalise en 2022 son premier film en Corée du Sud avec Les Bonnes Étoiles (Broker). Porté par une distribution coréenne de haut vol, notamment Song Kang-ho et Bae Doona — qui avait déjà tourné sous sa direction dans Air Doll (2009) —, le film s’inscrit naturellement dans la continuité de son œuvre, aux côtés de titres comme Nobody Knows (2004), Still Walking (2008), Tel père, tel fils (2013) ou Une affaire de famille (2018). Il y poursuit son exploration sensible et nuancée des familles non conventionnelles.

L’histoire s’articule autour d’un bébé abandonné dans une « boîte à bébés ». Autour de cet enfant se forme un groupe improbable : deux courtiers du marché noir d’adoption, la jeune mère revenue sur sa décision et un orphelin espiègle. Au fil d’un road-trip à travers la Corée, ces marginaux en quête d’une famille idéale pour le nourrisson tissent entre eux des liens profonds et inattendus.

Avec son regard bienveillant et sa mise en scène délicate, Kore-eda mêle humour tendre, émotion sincère et questionnements moraux sur la parentalité, la culpabilité et ce qui constitue véritablement une famille.

Les Bonnes étoiles a rencontré un beau succès international, et a permis à Song Kang-ho d’obtenir à Cannes le Prix d’interprétation masculine. Le film a aussi conforté la place de Kore-eda parmi les cinéastes les plus universels et humanistes du cinéma contemporain.

Notons que le réalisateur est actuellement présent au Festival de Cannes 2026, où il présente son nouveau long-métrage japonais, Sheep in the Box, dont le titre fait écho à Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.

#19 Decision to Leave, de Park Chan-wook (2022)

Six ans après le monumental Mademoiselle, qui avait électrisé la Croisette en 2016, Park Chan-wook fait son grand retour à Cannes en 2022 avec Decision to Leave. Si le film ne remporte pas la Palme d’Or, attribuée au controversé Sans filtre de Ruben Östlund, il reçoit le Prix de la mise en scène — et quel mérité !

Dans Decision to Leave, Park Chan-wook met en scène une histoire d’amour impossible entre un inspecteur de police et sa principale suspecte. Profondément inspiré par Vertigo d’Alfred Hitchcock, ce thriller sinueux est avant tout un grand film sur l’obsession. L’attachement compulsif de Jang Hae-joon (magnifiquement interprété par Park Hae-il) fait écho à la méticulosité presque maladive du cinéaste lui-même, qui multiplie les audaces stylistiques avec un plaisir communicatif.

On célèbre à juste titre la splendeur de sa mise en scène, mais il faut aussi saluer la performance envoûtante de l’actrice chinoise Tang Wei (Lust, Caution), dont le charme magnétique ensorcèle autant le héros que le spectateur. Le final, à la fois tragique et profondément poétique, figure peut-être parmi les plus saisissants de toute la filmographie de Park Chan-wook — ce qui n’est pas peu dire lorsqu’on pense à ceux de Sympathy for Mr. Vengeance, Oldboy ou Thirst.

On ne saurait trop recommander Decision to Leave, qui reste à nos yeux le plus beau film de son auteur et un nouveau sommet du cinéma sud-coréen.

#20 Aucun autre choix, de Park Chan-wook (2025)

Après avoir développé et en partie réalisé l’excellente mini-série The Sympathizer (2023) pour HBO et A24, Park Chan-wook est retourné en Corée pour tourner Aucun autre choix, une nouvelle adaptation du roman Le Couperet de Donald E. Westlake (1997), déjà porté à l’écran par Costa-Gavras en 2003. Un projet que le cinéaste sud-coréen rêvait de réaliser depuis près de vingt ans !

Présenté en 2025 à la Mostra de Venise, d’où il est reparti étonnamment bredouille malgré un accueil dithyrambique de la part de la presse et du public, Aucun autre choix est sorti en France le 11 février 2026.

Le film suit Yoo Man-soo (Lee Byung-hun), cadre dans une entreprise de papier, brutalement licencié après vingt-cinq ans de bons et loyaux services. Craignant de voir son train de vie confortable s’effondrer, il décide d’éliminer un à un les autres candidats au même poste.

Si le cinéma de Park Chan-wook a toujours porté un sous-texte politique, le réalisateur a souvent préféré les métaphores et le cinéma de genre pour aborder les questions sociales. Avec Aucun autre choix, il signe son film le plus frontalement politique depuis JSA: Joint Security Area (2000). Toujours aussi virtuose dans sa mise en scène, le cinéaste y déploie également un humour noir particulièrement savoureux, faisant de ce nouvel opus son œuvre la plus drôle à ce jour.

Alors que le film sortira en DVD et Blu-ray le 11 juin prochain, Park Chan-wook est au cœur de l’actualité cinématographique : il préside cette année le Festival de Cannes 2026, devenant le premier Sud-Coréen à occuper cette fonction prestigieuse. Lors de la conférence de presse d’ouverture, le fer de lance de la Nouvelle Vague coréenne a rappelé avec force le caractère résolument politique du cinéma.

Notons enfin que le casting de son prochain long-métrage, le western The Brigands of Rattlecreek, vient d’être dévoilé. Matthew McConaughey, Pedro Pascal, Austin Butler et Tang Wei — qu’il a déjà dirigée dans le magnifique Decision to Leave — seront au rendez-vous. Difficile de contenir notre impatience !

Si cet article vous a intéressés, n’hésitez pas à nous dire en commentaires quels sont vos films sud-coréens préférés. On travaille également sur d’autres sélections pour vous faire découvrir d’autres univers cinématographiques et littéraires venus d’ailleurs.


Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tendances