Début décembre 2025, le cyclone Ditwah frappait cruellement l’île de Sri Lanka. Les pluies diluviennes, provoquant inondations et glissements de terrains catastrophiques, causaient la mort de centaines de personnes, détruisaient habitations et infrastructures, affectaient le tourisme (qui représente plus de 5 % du PIB). Alors que de nombreux voyageurs étrangers ont alors annulé et annulent encore leur séjour dans le pays, je souhaitais lancer en quelque sorte un appel : le Sri Lanka est un pays d’une richesse naturelle et culturelle inouïe, d’une grande diversité, et une des meilleures manières de l’aider à affronter l’épreuve actuelle est sans doute de venir ici, où je me trouve en ce moment, et de faire vivre le secteur du tourisme. Bref, si vous envisagez un voyage à l’étranger et hésitez au sujet de votre destination, pensez-y.

Les points forts de ce secteur touristique sont incontestablement le triptyque sites anciens (notamment dans la zone géographique du « Triangle culturel »), plages tropicales (du sud et du sud-ouest ou de l’est, selon les saisons) et paysages spectaculaires des régions montagneuses où l’on cultive en particulier le célèbre thé de Ceylan. Je souhaiterais aujourd’hui mettre en avant un autre atout du pays : ses traditions artistiques dans le domaine des arts du spectacle, et plus particulièrement de la danse.

Dans la petite ville de Habarana, au cœur du Triangle culturel que j’évoquais, le Cultutal Center propose quotidiennement un spectacle d’une durée d’une heure environ, qui constitue un panorama et une initiation vivante à l’art chorégraphique sri lankais, dont les formes les plus anciennes sont nées, dit-on, il y a plus de deux millénaires.

Ouvert en 2022, après la pandémie, il rassemble une équipe de dix danseuses, huit danseurs et cinq percussionnistes. Nous avons rencontré en particulier les deux jeunes femmes, issues elles-mêmes de l’Université des Arts du Spectacle à Colombo, qui ont formé ces artistes. Dinu Silva et Dinu Wimalarathne nous ont ouvert les portes du Centre culturel et apporté leurs lumières.

La danse la plus classique dans la tradition sri lankaise est la danse kandyenne, du nom d’une ancienne capitale de l’île, Kandy, dans les hautes terres. Comme pour ses cousins indiens, les origines de ce style sont associées à des légendes mythologiques : un certain roi aurait quitté le continent et serait venu dans l’île pour être libéré d’un rêve récurrent où apparaissait un léopard. C’est un rituel chorégraphié, le Kohomba kankariya, lié à la divinité Kohomba, qui aurait ainsi détourné du roi la malédiction à la source du cauchemar dont il était hanté. La danse Ves, exécutée durant ce rituel d’exorcisme, devint dès lors populaire parmi les autochtones et se perpétua à travers les siècles, avec en particulier un regain d’intérêt après la fin de la domination britannique.

Cette danse Ves, qui pendant sa longue histoire est restée exclusivement masculine et religieuse, jusqu’aux années 1950-1960, se caractérise notamment par une gestuelle énergique : positions basses, genoux fléchis, pieds frappant le sol, bras ouverts, postures fermes et fières, mouvements scandés par le martellement lancinant des tambours. Le costume est quand à lui aisément reconnaissable. Le danseur est censé se vêtir et se parer de 64 éléments. Parmi ceux-ci, les étoffes blanches et rouges, la coiffe élaborée et divers ornements et bijoux argentés.



Le spectacle présenté par le Centre culturel de Habarana comporte cependant d’autres formes dansées. Parmi celles-ci, la danse du paon est directement issue des vannam. Ce mot désigne d’abord des récits, puis des chants évoquant tel ou tel animal (éléphant, aigle, singe, cobra, etc.) voire des objets (flèche, pierre précieuse), des personnages ou divinités (roi, Bouddha, Ganesh…). Ensuite ces récits se sont traduits par des chorégraphies leur donnant corps et mouvement, symboliquement inspirées par la nature ou les traditions. Celles-ci se retrouvent aussi bien sûr dans les danses plus folkloriques, le plus souvent féminines, qui évoquent par exemple les travaux des champs ou les activités rurales quotidiennes, dont les accessoires matériels (vans, faucilles, etc.) sont utilisés sur scène.

La danse Wadiga Patuna passe pour avoir été importée dans l’île par des brahmanes dans les basses terres. Le tambour qui l’accompagne typiquement s’appelle Yak Beraya, tandis que la danse Raban était jadis destinée à distraire le roi et les nobles du pays, par de spectaculaires jongleries et acrobaties.

La danse du feu, Gini Sisila, quant à elle, a été conçue à l’origine pour chasser les ténèbres et les frayeurs nocturnes, pour reprendre en substance le programme fourni aux spectateurs. Elle se termine par une marche sur les braises, qui rappelle la pratique hindoue des « marches sur le feu », toujours vivante notamment à La Réunion, dans un cadre plus clairement religieux et spirituel.

Dinu Silva avoue être particulièrement attirée par la beauté des costumes revêtus pour l’exécution de ces danses, tandis que Dinu Wimalarathne se dit avant tout sensible à la gestuelle, des corps et des mains en mouvement. Les deux jeunes femmes enseignent leur art, en outre, dans le secondaire, et soulignent l’intérêt des jeunes générations pour cette option artistique proposée dans l’enseignement public. Le plaisir de monter sur scène et de donner en public la mesure de leur talent est une forte motivation pour les élèves.

L’avenir semble donc être assuré pour la danse kandyenne et diverses autres danses traditionnelles, qui méritent à coup sûr d’être découvertes par un large public. Le Centre culturel de Habarana en fournit l’occasion, tous les soirs à 18 heures. À ne pas manquer si vous avez l’occasion de voyager au Sri Lanka.






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