Avec Pili-Pili sur un croissant au beurre, son premier album-solo paru en 2013, Gaël Faye s’impose comme une des voix les plus passionnantes de la scène slam française. À 31 ans à peine, le jeune artiste livre un disque à la fois poétique et profond, dans lequel il aborde son enfance au Burundi, puis son exil en France. Dès A-France, qui ouvre l’album, il affirme : « Je vis loin de mes rêves, de mes espoirs, de mes espérances / C’est ça qui me tue d’être écartelé entre Afrique et France« .

Certaines des thématiques du disque sont au centre de Petit Pays (2016), roman semi-autobiographique dans lequel Gaël Faye raconte son expérience d’enfant au Burundi pendant le génocide des Tutsis au Rwanda. Nommé d’après un titre de Pili-Pili sur un croissant au beurre, ce premier roman connait un succès considérable, au point d’être adapté en long-métrage au cinéma en 2020, puis en bande-dessinée en 2024. La même année, Gaël Faye a sorti son deuxième roman, Jacaranda, récompensé du Prix Renaudot 2024 et que nous avons chroniqué sur Cheminez. Cette fois-ci, l’auteur questionne l’héritage du génocide pesant sur les épaules de la jeune génération rwandaise.

Si Gaël Faye a dédié une partie de sa vie artistique et personnelle au service de la mémoire du génocide des Tutsis et de ses victimes, notamment à travers l’association Collectif des parties civiles pour le Rwanda — dont il est le secrétaire —, l’artiste concédait dans la version commentée de Pili-Pili sur un croissant au beurre que sa vie n’était pas aussi « spectaculaire » et « impressionnante«  que ce que pourrait laisser penser son premier album.

C’est ce constat qui l’a poussé à inclure un dernier slam à l’album : L’ennui des après-midi sans fin. Il confie : « Je me souviens qu’avant tout ça, avant la guerre, avant l’exil, il y avait eu des après-midi d’infini émerveillement, et que c’était pendant ces après-midi d’ennui que j’avais développé ma plus grande faculté : l’art d’imaginer, l’art de rêvasser, l’art de créer. » En 2020, Gaël Faye publie L’ennui des après-midi sans fin, un livre-CD destiné au jeune public, dans lequel le texte de la chanson est magnifiquement illustré par Hippolyte.

L’existence de cet album révèle que l’intime occupe, dans l’œuvre de Gaël Faye, une place aussi essentielle que son engagement pour la mémoire du génocide. L’intimité du souvenir d’enfance en est d’ailleurs la matrice : c’est à ce “train-train quotidien” que la guerre et l’exil ont brutalement mis fin.

Doté d’un talent inné pour la description, Gaël Faye fait resurgir de son passé son enfance burundaise. Son jardin n’a certes rien à voir avec celui de son jeune lectorat hexagonal (« Dans mon jardin d’Eden y’a des serpents à tous les angles / Et faute de pomme Golden, je trahis Dieu avec des mangues »), et pourtant le poète parvient à révéler l’universel de l’enfance – cet âge où, « à l’heure des choses statistiques, [on s’]invente, [on se] fabrique ».

Après tout, qu’ils aient les cheveux blonds ou crépus, les loupiots parlent la même langue : « Copain ça compte, copain ça reste, copain c’est d’abord un mot d’enfant. »

L’ennui des après-midi sans fin, de Gaël Faye et Hippolyte, Éditions Les Arènes, 14.90 euros.


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