Dans son essai Les Identités meurtrières (1998), l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie française, écrit : « La sagesse est un chemin de crête, une voie étroite entre deux précipices, entre deux conceptions extrêmes. »

Aujourd’hui, alors que Cheminez célèbre ce lundi 13 octobre 2025 son deuxième anniversaire, je mesure pleinement la portée de l’invitation lancée dans notre manifeste d’octobre 2023 : celle de cheminer ensemble.

Avec Cheminez, nous ne parcourons pas un paisible sentier de plaine, mais un véritable chemin de crête. Ce parcours, brut et indompté, exige une résilience mentale à toute épreuve. Car créer un média consacré aux langues et cultures d’ici et d’ailleurs, c’est avancer sur une ligne étroite, bordée d’un côté par le gouffre de l’indifférence et de l’autre par celui de la haine.

Pourtant, chers lecteurs, je n’échangerais pour rien au monde la place qui est la mienne aujourd’hui. Du haut de ce chemin de crête, un panorama saisissant s’offre à moi : tel un paysage changeant de nuances à chaque instant, la diversité des langues et des cultures illumine et enrichit mon horizon.    

Comme tout sentier de montagne, Cheminez a continué à être un espace de rencontres. Où l’on fait plus qu’emporter avec soi le souvenir flou d’un sourire éphémère. Chacune des interviews que nous avons publiée cette année a été l’occasion d’élargir notre conception de l’identité et de l’altérité. 

On songe notamment à l’écrivain Miguel Bonnefoy, qui a remporté le Grand Prix de l’Académie Française en 2024 pour son roman Le Rêve du Jaguar, et qui nous a parlé avec son inestimable talent de conteur du réalisme magique inhérent à la culture sud-américaine. 

Mais aussi au cinéaste Thierry de Perretti, qui continue dans À son image — adapté du roman éponyme de Jérôme Ferrari — à peindre la jeunesse corse pendant les années de plomb. Alors que l’on assiste à un véritable essor du cinéma de l’île de beauté, nous avons pu discuter avec ce metteur en scène passionnant des conditions de l’émergence d’un cinéma régional. 

Comment ne pas évoquer également notre entretien avec Ahmed El Maânouni, pionnier du cinéma marocain depuis Alyam, Alyam dans les années 1970, qui expliquait dans nos colonnes la nécessité pour le peuple marocain de rencontrer son image dans des films, et appelait à une politique culturelle visant à éduquer le public du Royaume chérifien au plaisir du cinéma. 

Mentionnons également les entretiens passionnants que nous avons eus avec la chercheuse Sahara Cassim qui travaille sur les Zarabs et les Karanes à La Réunion, la journaliste Angélique Mangon qui a raconté dans un très bel ouvrage son voyage sur la Route de la Pachamama, Caroline Stellaire Haller qui travaille à relier les communautés sourdes et entendantes à travers la botanique au sein de son association Pont Signe, ou encore le député Paul Molac, rapporteur de la Loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion. 

En ce jour d’anniversaire de Cheminez, je tiens également à saluer nos camarades de route, notamment le Collectif pour les littératures en langues régionales à l’école. Après avoir publié la Tribune qu’ils ont écrite en 2024, nous avons continué à suivre la progression de leurs actions. À la demande d’Amin Maalouf, le Collectif a réuni un corpus de textes qui sera publié dans les mois à venir sous le titre de Florilangues dans le but qu’il soit utilisé comme matériel pédagogique au collège. 

Pour l’année à venir, nous espérons continuer à arpenter ce chemin de crête dont — et on s’en réjouit ! — nous ne voyons pas le bout. Nous gardons à l’esprit cette citation du chercheur américano-palestinien Edward W. Saïd, qu’il a écrite dans sa préface de L’Orientalisme — L’Orient créé par l’Occident : « L’humanisme est entretenu par un sentiment de communauté avec d’autres chercheurs, d’autres sociétés et d’autres époques : il n’existe pas d’humaniste à l’écart du monde. »

Nous souhaitons donc continuer à vous rapporter nos rencontres, mais aussi à vous proposer une autre conception des liens entre les peuples, leurs cultures et les États. 

Je formule le voeux que nous continuions à cheminer ensemble. 

Cheminez avec nous !

Lamia DIAB EL HARAKE, directrice de la rédaction de Cheminez

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