C’est une nouvelle que tous les défenseurs de la cause kanak attendaient avec impatience ; une ordonnance rendue mardi par le tribunal judiciaire de Paris a ordonné la libération immédiate de Christian Tein et d’autres indépendantistes kanaks. S’il s’agit assurément d’une bonne nouvelle, il est toutefois trop tôt pour crier victoire !

Coup de tonnerre dans l’affaire des émeutes en Kanakie

Plus d’un an après l’affaire des émeutes de mai-juin 2024 en Kanakie, les trois juges responsables du dossier ont pris la décision le mardi 3 juin 2025 d’ordonner la libération de quatre indépendantistes kanaks, dont Christian Tein, chef de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) et président du Front de Libération National Kanak et Socialiste. La libération de Christian Tein et de ses co-détenus figuraient parmi les revendications de nombreux militants, en Kanaky comme en France métropolitaine. 

Âgé de 57 ans, l’homme est suspecté par le parquet de Paris d’atteinte à la sûreté de l’État et d’avoir joué un rôle central dans la coordination d’actions violentes, à l’occasion des émeutes du printemps 2024, déclenchées par le dégel du corps électoral provincial voté à Paris, et au terme desquelles neuf morts et des centaines de blessés ont été recensés. Cependant, plus d’un an après les faits, les preuves d’un plan concerté par le CCAT d’actions violentes n’ont pas été établies, motivant ainsi la libération de Christian Tein et de ses quatre camarades. 

Autre motif ayant conduit à cette décision du tribunal judiciaire de Paris, l’éloignement géographique entre le lieu de détention des indépendantistes kanaks à plus de 16 000 kilomètres de la Nouvelle-Calédonie a été jugé disproportionné dans la mesure où il gêne de facto le droit de visite aux prisonniers ; la décision de restriction ou de suspension de ce droit doit être motivée devant un juge administratif ou devant un juge des libertés et de la détention. 

Cependant, le Parquet de Paris semble peu sensible à ces arguments puisqu’il a annoncé faire appel de la décision du tribunal judiciaire parisien, en prétextant la crainte que le chef du CCAT se soustraie à la justice une fois de retour en Kanakie. Le Parquet a également ordonné un référé-détention, qui maintient Tein dans sa prison de Mulhouse dans le Haut-Rhin. La cour d’appel doit statuer dans les 48h (jusqu’au 5 juin 2025). Les soutiens des indépendantistes kanaks espèrent la confirmation de l’ordonnance judiciaire et leur libération. 

Coup de tonnerre dans l'affaire des émeutes en Kanakie du printemps 2024 !

Quelle que soit notre position sur la situation en Kanaky et le traitement judiciaire des indépendantistes, cette affaire invite à réfléchir sur le caractère colonial de certaines décisions. Le dépaysement du dossier des militants kanaks, justifié par la crainte de troubles à l’ordre public, évoque le traitement réservé aux indépendantistes corses. Par ailleurs, comment ne pas établir un parallèle entre la détention de Christian Tein et de ses camarades dans le Haut-Rhin et la proposition de Gérald Darmanin de rouvrir un bagne à Cayenne, en Guyane, pour les trafiquants de drogue métropolitains, sous le slogan « L’État est de retour » ? La présence de l’État dans les territoires et départements d’Outre-Mer doit-elle se limiter à sa dimension la plus coercitive ?    

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