Pour les besoins de l’adaptation de La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson, le chanteur australien Nick Cave a enregistré une chanson, intitulée We Are Not Alone. « Ce monde a des oreilles et les rochers ont des yeux, la nature adore se cacher », chante-t-il de sa voix grave dans la superbe chanson qui conclut le long-métrage documentaire, dans lequel l’écrivain-aventurier a arpenté l’Himalaya afin de découvrir les vertus de l’affût et le vertige de se sentir épié par ceux qu’il est venu observer.
Si bien évidemment le documentaire – magnifiquement filmé ! – nous fait ressentir toute l’ivresse de cette découverte, il n’est pas nécessaire d’arpenter les plus de 7000 kilomètres qui séparent Paris de l’Himalaya. Une randonnée en forêt, une balade dans un parc ou un après-midi calme dans un jardin, à observer les rouges-queues ou à écouter les geais des chênes, vous permettra sans doute d’arriver à la même conclusion. « Ce monde a des oreilles et les rochers ont des yeux », et l’on aurait presque envie de rajouter que les arbres ont des bouches.
Pour qui sait l’observer et l’écouter, la nature française a des airs d’oeuvre d’art totale et changeante, tour à tour vaudeville lorsqu’un écureuil tente de chasser un merle de son arbre, opéra façon Rossini quand trois pies voleuses se disputent, premier mouvement d’une symphonie composée par un rouge-gorge misanthrope faisant sa cour à une femelle, tableau de Monet quand un crapaud quitte son nénuphar et ne laisse qu’une onde dans l’eau dans laquelle il a plongé.
Mais, me répondriez-vous peut-être, peut-on ressentir ce même étourdissement quand on ne sait nommer ni les animaux ni les plantes ? La contemplation attentive d’un tableau de Goya ou de Cézanne n’est-elle pas plus signifiante pour un étudiant en art que pour un néophyte ? Peut-être. Même si certaines contemplations discrètes peuvent se transformer en épiphanies, on peut comprendre que le manque de connaissances dans le domaine puisse devenir un frein au relâchement. Mais Cheminez a ce qu’il vous faut : un abonnement à la revue La Hulotte – Le journal le plus lu dans les terriers.

Créée en 1972 par Paul Déom – à l’époque jeune instituteur -, La Hulotte est une revue naturaliste semestrielle. Ne vous fatiguez pas à la chercher en kiosque ou en librairie, vous ne la trouveriez pas. Elle n’est disponible que par abonnement : 38 euros pour six numéros. Chaque numéro d’une quarantaine de pages, entièrement conçu par le créateur de la revue – aujourd’hui âgé de 75 ans – est consacré à un animal ou une plante de nos villes, de nos forêts et de nos campagnes françaises, et nous invite à comprendre ses habitudes en adoptant son point de vue ; le texte est souvent écrit à la première personne et avec beaucoup d’humour.
Elle est d’ailleurs accompagnée de petits dessins humoristiques en noir et blanc, évoquant la ligne claire caractéristique de la bande-dessinée belge des années 1960 et 1970. Ces dessins ont souvent comme personnage principal le jeune naturaliste Adrien Desfossés, rendant la revue tout de suite accessible aux plus jeunes. Les numéros sont enrichis par des dessins somptueux, entièrement réalisés à la main et à l’encre de Chine par Pierre Déom.

En dépit de son ton très accessible, La Hulotte n’en demeure pas moins une revue de vulgarisation scientifique très documentée. Des spécialistes reconnus relisent les textes de Pierre Déom, afin d’en assurer la grande rigueur scientifique. Dans une émission sur France Culture consacrée à la célèbre revue, l’ancien directeur du Muséum d’Histoire naturelle Jean Dorst affirme qu’elle « devrait être dans les mains de tous les jeunes qui s’intéressent à la nature et à sa protection ». Et conclut : « On y apprend plus que dans de pesants traités. »
Mais qu’apprend-t-on dans La Hulotte ? Beaucoup de chose. À interpréter les différentes positions d’un rouge-gorge, à reconnaître le passage d’une nepticule dorée sur une feuille de ronce, à comprendre pour quelle raison le lierre adore le merle et déteste le pigeon ramier, connaître le nom de ce poisson que le martin pêcheur refuse d’intégrer à son régime. Et beaucoup d’autres choses. Comme les noms régionaux – tous plus poétiques les uns que les autres – de la coccinelle à sept points (Bête à bon Dieu, Pernette, etc). Ou encore le braconnage des Lynx boréals – une espèce protégée -, qui subissent le courroux mal placé des chasseurs qui les considèrent comme des concurrents.

Le nouveau numéro 116 de La Hulotte est dédié à la Chauve-souris Fer à cheval. Il s’agira du premier numéro de votre abonnement si vous y souscrivez. On vous le recommande chaleureusement !






Votre commentaire