Longtemps considérée comme un sous-produit culturel, la bande dessinée connaît aujourd’hui un véritable succès auprès des lecteurs en librairie. C’est d’ailleurs en 1960, que le belge Morris (Lucky Luke) propose de classer la bande dessinée au rang de Neuvième Art après le cinéma (Septième Art) et la photographie (Huitième Art).
Né en Suisse en 1827, la bande dessinée est d’abord un récit fictionnel et humoristique en noir et blanc avec peu de texte. Si les planches de dessins publiées dans des journaux ou des revues sont à l’origine destinées aux adultes, c’est l’éditeur français Louis Hachette qui décide de publier les premières bandes dessinées pour la jeunesse. Ainsi, la bande dessinée se développe partout dans le monde avec ses versions américaine, les comics, et japonaise, les mangas.
Passionné par le dessin et la bande dessinée, Joe Sacco (né en 1960) poursuit des études de journalisme aux Etats-Unis. C’est lors d’un voyage pour comprendre le conflit israélo-palestinien, qu’il juge mal couvert par son pays, qu’il décide de mêler ses deux passions, le journalisme et la bande dessinée. Il fait un vrai travail d’investigation sur place et récolte les témoignages, qu’il prend soin de vérifier. Ce travail, il en fera une bande dessinée, Palestine (1996) et devient ainsi le père de la bande dessinée documentaire.

Son avant-dernier album, Payer la Terre, paru en 2020, est le résultat de ses voyages dans les territoires du nord du Canada. Joe Sacco s’y rend pour enquêter sur les dégâts écologiques des forages et des exploitations minières. Il fait alors la rencontre des Dénés, un peuple autochtone, et apprend auprès d’eux leur histoire, leur culture, leurs traditions, mais aussi l’arrivée des premiers colons et la transformation radicale de leur mode de vie.
L’auteur nous propose à travers ses dessins, qui donnent une puissance à son texte, de le suivre dans son récit de voyage et ses réflexions, à la fois sur la justice sociale, les droits des peuples autochtones et les exploitations des ressources naturelles. Cette combinaison de témoignages, d’enquête et de journal donne une véritable puissance à son œuvre. Très documenté, dessiné en noir et blanc, et abordant des sujets profond, Payer la terre ne nous laisse pas indifférents.

Très proches de la nature, les Dénés lui révèlent qu’« avant de creuser des trous, de faire du tapage, [il faut] prier et payer la terre. Donner quelque chose … de l’eau, du tabac ou du thé. Il faut apporter un cadeau, comme lorsque tu rends visite à quelqu’un ». A travers les récits des Dénés, l’auteur nous dévoile les luttes sociales et politiques que mène ce peuple pour préserver sa terre. Joe Sacco se fait le porte-voix des Dénés et nous donne à réfléchir, en nous posant cette question : « Quelle est la vision du monde d’un peuple qui ne murmure ni remerciements ni prières, qui extrait tout ce qu’il veut de la terre, et paie ses dettes avec de l’arsenic ? »






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