Ces dernières années, la mode, le prêt à porter et les podiums ont vu le tissu africain envahir les collections. Ce tissu aux motifs si particuliers est reconnaissable assez facilement. Il a d’abord habillé les femmes africaines attachées à leurs costumes traditionnels avant d’aller à la conquête de l’Occident dans les années 80.
Étant moi-même très attirée par les couleurs et les motifs de ces tissus, j’ai toujours été à la recherche de vêtements en Wax. Un jour, alors que je discutais avec une couturière originaire du Ghana, souvent vêtue de Wax, elle m’en délivra les secrets : « Ce tissu peut comporter des messages » me dit-elle. Je connaissais évidement l’origine africaine du tissu mais ignorais complètement la portée symbolique.

Elle m’explique que les motifs sont des symboles qui peuvent représenter les états, les émotions ou encore les statuts sociaux des personnes qui les portent. Les motifs sont des représentations de la nature comme les feuilles de patates douces ou les feuilles d’hibiscus, le léopard ou le lion ou encore d’objets de la vie quotidienne comme des tableaux ou des patins à roulettes ! Dans une société polygame, beaucoup de motifs sont également des messages adressés aux époux et co-épouses.
Le Wax – appelé également pagne – est ce tissu qui nous vient de l’Afrique de l’Ouest ; les Africains l’ayant eux-mêmes rapporté d’Indonésie par l’intermédiaire des Hollandais. Wax, qui signifie « cire » en anglais, se répand et devient un des emblèmes de la culture africaine. La cire fait référence au mode de production de ce tissu auquel on ajoute une fine couche de cire pour fixer les motifs.

À partir des années 60, ce sont des femmes, les « Nana Benz » qui vont populariser l’idée d’inventer des motifs et de les nommer. Ces femmes d’origine togolaise sont appelées « Nana », un terme qui veut dire mère, maman dans la langue du pays et forme une marque de respect à l’égard de ces commerçantes. Les « Nana » rencontrent un certain succès et une clientèle qui adhère à cette démarche. Fortes de leur réussite, elles commencent à importer des Mercedes Benz, c’est la naissance des « Nana Benz » . Les nouvelles générations de Nana Benz continuent d’imaginer de nouveaux motifs encore aujourd’hui.

Le Wax va accompagner la vie des personnes, comme nous l’explique Sophie Douay dans la préface de Wax stories :
« traditionnellement, on offre le Wax pour la dot […] Il n’est pas rare que ces Wax soient ensuite conservés et transmis de mère en fille. On transmet le pagne, son histoire, ses significations, sa valeur financière. Le Wax est un héritage. Véhiculé de manière orale, les noms des motifs Wax résistent au temps et font véritablement partie du patrimoine ».
On comprend bien l’impact familial du Wax et sa valeur dans la sphère privée mais le pagne revêt aussi une dimension historique et culturelle dans les moments importants de la vie d’un pays.
« On donne des noms en fonction du contexte social ou politique, par exemple un évènement politique qui a eu lieu au moment de la sortie du motif, la venue d’une personnalité importante dans le pays, une rumeur à propos du président, etc. le Wax est une véritable mémoire des événements passés. »

Marie-Cécile Zinsou a compilé dans son livre Wax Stories de nombreuses images de pagnes africains ainsi que leurs significations. Pour tous les créateurs qui aiment travailler les tissus, ce très beau livre vous guidera dans vos choix pour livrer des messages cachés décodables par les initiés. Pour tous les curieux qui aiment les objets d’art, Wax stories trouvera assurément sa place dans votre bibliothèque.






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