Pour enfin sortir du diktat que subissent les jeunes parents à la fois face au monde médical mais aussi face aux « super » mamans qui s’exhibent sur les réseaux dits sociaux, Cheminez veut explorer le champ de la parentalité à travers les langues et les cultures des uns et des autres et raconter ce que c’est qu’être parent. À la rédaction de Cheminez, nous réfléchissons à la thématique de la parentalité telle qu’elle se vit dans le monde mais aussi dans nos régions.

Comme le précisent les nombreuses études sociologiques et ethnologiques, les naissances sont des événements marquants pour les individus. Si en France, le Baptême a été une manière de célébrer les enfants et de les inscrire à la fois dans le temporel et le spirituel, d’autres rites similaires s’observent dans les pays du monde.

L’utilisation d’une « eau bénite » pour purifier le nouveau-né se retrouve en Chine. En effet, au troisième matin de sa naissance, le bébé est béni à l’occasion de la Cérémonie du Bain, composé d’eau chaude et de plantes médicinales.  Selon cette croyance, le rituel permet d’éloigner les mauvais esprits. A noter qu’en Chine, toute la première année de vie de l’enfant est ponctuée par des cérémonies très codifiées. L’eau purificatrice est aussi un symbole important chez les Kurdes. La famille prépare la cérémonie du bain au quarantième jour du bébé. Ce dernier est lavé à l’aide de quarante verres d’eau, symboles de ces jours passés.

L’eau qui fait partie du bain purificateur n’est pas le seul élément commun aux rites de naissances à travers le monde. Comme nous l’avons vu, des chiffres reviennent, comme le 7ème ou le 40ème jour, qui semblent très symboliques dans la célébration de la vie. Les cheveux du nouveau-né sont rasés au Pérou mais aussi en Inde ou au Pakistan, où l’on offre l’équivalent du poids en or au bébé.

Précisons que tous les rites de naissances ne sont pas exclusivement des rites religieux, ils sont pour beaucoup des rites sociaux qui se superposent à des croyances religieuses. En Iran, les rites zoroastriens continuent d’être pratiqués tandis que le pays est désormais majoritairement musulman. De même, au Maroc, les rites berbères, antérieurs à l’Islam, continuent de se transmettre.

En Corse, le baptême a longtemps été un rite religieux majeur. Il se faisait très rapidement après la naissance. Les Corses croyaient que si l’enfant mourait avant le baptême, son âme se transformerait en feu follet qui viendrait hanter les cimetières les soirs de pleine lune. On voit bien ici se superposer les croyances religieuses et sociales qui régissent les rites de naissances.  Après le baptême, lorsque la mère était rétablie de l’accouchement, elle allait présenter le nouveau-né au voisinage. En entrant dans la maison, la mère et l’enfant apportent le bonheur et reçoivent à leur tour, de la part de la maîtresse de maison, un œuf, une pincée de sel et une allumette, symboles d’intelligence, de droiture et de sagesse.

Dans un monde globalisé, ces pratiques se perdent et se ringardisent aux yeux d’une population ultra-branchée. L’idée d’avoir un enfant est désormais un « projet » qui s’écrit à la maternité puisque les futures mamans sont invitées à élaborer leurs « projets de naissance ». La cérémonie du 7ème jour est devenue le rendez-vous du premier vaccin et le 40ème jour correspond plus ou moins à la date d’inscription à la crèche.

Les rites transmis dans les familles, le voisinage, le village font face à des déplacements de populations qui vont de l’exode rural à des migrations plus importantes. Les traditions perdent du terrain, faute de proches pour les perpétuer. Il faut rajouter à ce phénomène le développement des nouvelles technologies et une standardisation du mode de vie, reléguant au second plan ces pratiques jugées dépassées. Mais comme diraient nos amis taoïstes, l’univers ayant horreur du vide, les parents cherchent peu à peu à combler un manque ; celui de célébrer la vie !

Il suffit de passer quelques minutes sur les réseaux sociaux pour voir l’émergence de rites nouveaux à l’arrivée du bébé, et en premier lieu, celui de la « Gender Reveal Party ». Tout droit venue des Etats-Unis, comme une grande partie des nouveautés qui envahissent le monde consumériste, la petite fête consiste à réunir famille et amis autour d’un événement majeur de la grossesse de la maman : l’annonce du sexe du bébé.

Le phénomène prend de l’ampleur ces dernières années et les familles, poussées par les nouvelles tendances Instagram, se prêtent au jeu au point tel que des sociétés se spécialisent et proposent tout un tas de gadgets pour l’occasion. Inutile de préciser que le coût de la petite fête peut devenir rapidement très important.

A l’arrivée du bébé, on continue de le célébrer en photos, pour le premier mois de vie, puis les six mois et le premier anniversaire. Le plus important dans ces rituels semble être la photo d’abord de l’enfant, de sa maman et du reste de la famille.

Que la famille soit américaine, française, japonaise, tunisienne ou anglaise, les photos et vidéos postées sont quasi-identiques. C’est, en réalité, des copiés collés de photos « instagramables » qui restent certainement de bons souvenirs pour les concernés sans pour autant détenir une forte charge symbolique. L’implication des autres membres de la famille et l’organisation sociale autour de l’arrivée du bébé est quasi inexistante. Au contraire, la mère doit rapidement se débarrasser des kilos pris pendant la grossesse et reprendre une « vie normale ».

Il semble que les parents ont saisi la nécessité de marquer l’arrivée de l’enfant par des temps forts. Les psychologues et les psychiatres ne cessent de rappeler l’importance de l’enfance dans la construction du futur adulte. Ce bébé qui entend la voix de sa mère pendant sa vie intra utérine ressent déjà l’accueil qu’on lui réserve.  

Les peuples auraient-ils compris toute l’importance de l’accueil et de la protection du bébé de manière « instinctive » ? Les rituels autour de la naissance célèbrent le bébé et la mère mais aussi les femmes, la maternité, et constituent des événements sociaux de passation de savoirs. Les symboles sont expliqués ; comme l’alimentation particulière de la jeune maman – souvent riche pour pouvoir reprendre des forces rapidement, le bain du bébé pour acquérir les bons gestes, les massages rituels de la mère et du bébé pour aider le corps à retrouver un bon fonctionnement.

Il est intéressant de voir à l’instar de l’exemple corse que quelques produits du quotidien peuvent être l’expression d’un beau message adressé à la nouvelle maman. Un œuf, une pincée de sel et une allumette, des petits riens disponibles chez tout le monde permettent de n’exclure personne de la cérémonie.

Pour finir, n’hésitez à nous transmettre, à nous raconter les traditions de vos régions, de vos pays, de vos parents ou grand-parents qui vous touchent et que vous souhaitez partager !

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