Comptant parmi les plus hautes instances de notre République, l’Assemblée nationale est au cœur de nombreuses polémiques. Si depuis les bancs du Palais Bourbon, les prises de parole des représentants de l’opposition comme de la majorité sont régulièrement entrecoupées par les applaudissements, les huées et autres apostrophes assassines, la presse et les réseaux sociaux se font également les relais privilégiés de toutes les controverses. 

Ce samedi 21 octobre 2023, comme à l’accoutumée, un nouveau scandale a éclaté sur le réseau social X – anciennement Twitter. Au cœur de cette énième polémique de l’année : les éclats de rire qu’a suscités, la veille, dans les rangs de la majorité la prise de parole du jeune Tematai Le Gayic, député GDR (communiste) de Polynésie française. 

Plus jeune député de l’Histoire de la République française – il a été élu à 21 ans seulement –, Tematail Le Gayic a pris la parole lors d’une session consacrée aux motions de censure de l’opposition, alors que la Première Ministre Élisabeth Borne mettait une fois encore son gouvernement en jeu avec l’utilisation d’un nouveau 49.3. 

Faisant le constat de l’écueil de tout l’appareil démocratique français, le jeune député polynésien explique que sous cette mandature « personne n’arrive à avoir de majorité » : les députés Renaissance n’ont « pas la majorité pour faire passer un texte donc [ils sont obligés] d’utiliser le 49.3 », tandis que l’opposition « n’arrive pas non plus à avoir une majorité sur une motion de censure ». 

Malgré la gravité de la situation, qui devrait inquiéter tout français soucieux du bon fonctionnement de notre démocratie, les députés et ministres de la majorité présidentielle se sont montrés hilares. Des rires qui ont provoqué la colère de nombreux élus de gauche et d’internautes. Mais les intentions attribuées à ces rires divergent. 

Certains voient dans ces rires un grave « mépris de classe », à la manière de la député écologiste Sandrine Rousseau, tandis que d’autres ont pointé « le mépris et l’arrogance » de la classe dirigeante, à l’instar du chef de file de La France Insoumise, Manuel Bompard. Enfin, certains internautes accusent Elisabeth Borne, Franck Riester, Prisca Thevenot et Yaël Braun-Pivet (présidente de l’Assemblée Nationale) d’avoir ri de « l’accent chantant » du jeune député, et d’avoir ainsi fait montre de « dédain colonialiste ».

Il n’est bien évidemment pas dans le rôle de Cheminez de sonder les âmes et les consciences de nos dirigeants ; mais quelles que soient les raisons qui ont provoqué l’hilarité des députés et ministres ciblés, il est intéressant de noter un sursaut d’une partie de la population qui s’est révoltée sur les réseaux sociaux pour dénoncer ce qu’ils ont perçu, à tort ou à raison, comme de la « glottophobie ».

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Si le terme « glottophobie », qui renvoie aux discriminations linguistiques (qu’elles soient ou non fondées sur l’accent), a été créé en 1998 par le socio-linguiste Philippe Blanchet – dont une interview sera publiée prochainement dans nos colonnes –, il est apparu pour la première fois dans Le Petit Robert qu’en 2023

Ainsi, cet épisode est intéressant à plus d’un titre : tout d’abord, si le délit de « glottophobie » est avéré, on remarque qu’il a lieu jusque dans les plus hautes sphères de l’État – on se souvient que Jean-Luc Mélenchon avait été accusé du même délit lorsqu’il avait imité l’accent d’une opposante ; ensuite, ces pratiques sont aujourd’hui condamnées, par la loi comme par l’opinion publique

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2 réponses à « Assemblée nationale : « glottophobie » dans les plus hautes sphères de l’État ? »

  1. C’est arrivé que l’AN soit pliée de rire lors d’un discours, celui de Jean Lassalle qui parlait de la difficulté de passer le permis de conduire, avec des souvenirs personnels et son accent béarnais, mais ça n’était pas de la glottophobie à cette époque, c’était surtout parce que Jean Lassalle jouait un véritable sketch, les rires étaient de son côté, pas contre lui.

    Aujourd’hui c’est différent, il y a quelque chose de réellement malsain dans ces instances.

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    1. Pourquoi la France est-elle fière de la Francophonie ?

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